FIFA : FAUT-IL CHERCHER TOUJOURS PLUS D’ARGENT OU RENFORCER L’UNIVERSALITÉ DU FOOTBALL AU NOM DE L’ÉQUITÉ ?

Au moment même où le monde du football s’interroge sur les enseignements de la Cdm 2026, une autre question, plus fondamentale encore, s’impose : la FIFA doit-elle poursuivre une logique de financiarisation ou renforcer l’universalité du football au nom de l’équité ?

Le projet d’ouverture du capital de la société chargée des activités commerciales de la FIFA à des investisseurs privés marque un tournant majeur. Il ne s’agit pas d’une simple opération financière.

Il pose une question de principe : la Coupe du monde est-elle un patrimoine universel de l’humanité ou un actif financier destiné à accroître toujours davantage les revenus de ses détenteurs ?

La Coupe du monde constitue le sommet de la pyramide du football mondial. Elle célèbre l’universalité de ce sport, la fraternité entre les peuples et l’égalité des chances sur le terrain. Depuis près d’un siècle, elle rassemble des milliards de femmes et d’hommes autour d’une passion commune. Cette universalité est son bien le plus précieux. Elle ne saurait être fragilisée par une logique où la finance finirait par dicter la gouvernance.

Le très haut niveau exige non seulement l’excellence sportive, mais aussi une gouvernance exemplaire fondée sur l’équité, la transparence et le respect des peuples.

Or, la Coupe du monde 2026 a révélé plusieurs défis majeurs : le coût parfois prohibitif des déplacements, des billets et des hébergements, les difficultés rencontrées par de nombreux supporters, notamment africains, pour obtenir des visas, les interrogations suscitées par certaines décisions arbitrales ainsi que le coût élevé des droits de retransmission, qui prive parfois des millions de passionnés d’un accès normal à la compétition.

Voilà les véritables priorités.

Avant de rechercher de nouveaux montages financiers, la FIFA devrait d’abord répondre à ces interrogations. Renforcer la crédibilité des compétitions, garantir leur accessibilité et préserver leur vocation universelle constituent des exigences bien plus urgentes que l’ouverture du capital à des investisseurs privés.

À cet égard, la réaction de l’UEFA mérite d’être saluée. En exprimant ses réserves, elle rappelle qu’une réforme d’une telle portée ne peut être appréciée à la seule lumière des considérations financières. La Coupe du monde est un patrimoine sportif, culturel et humain qui appartient aux peuples.

En revanche, la position de la CAF étonne et inquiète.

Elle paraît s’inscrire dans cette orientation sans qu’un véritable débat public n’ait permis d’en démontrer la nécessité, les avantages ou les conséquences pour le football africain. Plus préoccupant encore, aucun argument suffisamment étayé ne semble avoir été présenté pour justifier un tel alignement.

En matière de gouvernance, le consensus ne vaut que lorsqu’il est éclairé. À défaut, il risque davantage de traduire un réflexe d’alignement qu’une conviction librement construite.

L’Afrique mérite mieux.

Premier réservoir mondial de talents, continent de la jeunesse et de la passion footballistique, elle ne peut demeurer une simple caisse de résonance des décisions prises ailleurs. Elle doit être une force de réflexion, de proposition et d’influence.

Son devoir est d’interroger, d’évaluer et, lorsque cela est nécessaire, de contester les réformes qui risquent d’altérer les principes fondateurs du football mondial.

Au fond, la question dépasse largement le football.

Elle renvoie à notre conception de la mondialisation.

Devons-nous accepter que les grands patrimoines universels soient progressivement soumis aux seules logiques du marché, ou devons-nous préserver leur vocation première : servir les peuples ?

Ma réponse est sans ambiguïté : le football appartient d’abord aux peuples.

La Coupe du monde constitue un bien commun de l’humanité. Elle ne doit ni être confisquée par les intérêts économiques ni devenir un simple actif financier.

L’Afrique ne doit pas accompagner cette réflexion ; sa voix doit raisonner : faire du football un langage universel au service des peuples avant celui des marchés.

Dr Papa Abdoulaye SECK

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