Le Professeur Mary Teuw Niane a publié, dimanche 9 août 2026, une tribune intitulée « L’imposteur ». Il n’y nomme personne. Mais chacun comprend à qui s’adresse ce texte qui convoque, en creux, les figures de Mussolini, Hitler et Pol Pot pour qualifier Ousmane Sonko, Président du PASTEF, ancien Premier ministre et, depuis le 26 mai 2026, Président de l’Assemblée nationale. Une accusation aussi grave mérite d’être soumise à l’épreuve du fait — et à celle de la mémoire. Car le Professeur Niane n’a pas toujours parlé ainsi de Sonko.

En juillet 2022, il le remerciait
publiquement pour son discours et faisait campagne pour Yewwi Askan Wi à Saint-Louis.
En novembre de la même année, lors d’une audition judiciaire de Sonko, il le désignait comme son «
président, ami et frère », lui exprimant soutien et affection.
En juillet 2023, dans une tribune
intitulée « Libérez le Président Ousmane Sonko ! », il dénonçait une tentative de neutraliser un
adversaire politique et un processus de liquidation du leader de PASTEF.
La même année,
candidat à la présidentielle, il plaidait pour que Sonko puisse concourir et reconnaissait des
anomalies dans le fonctionnement de la justice sénégalaise.
En janvier 2024, son propre parti
rejoignait officiellement la coalition portée par Sonko, en soutien au candidat qu’il désignait :
Bassirou Diomaye Faye.
En février 2024 encore, il exigeait la libération de Sonko, de Diomaye
Faye et de tous les prisonniers politiques.
Sept prises de position publiques et documentées, en dix-huit mois, où Sonko fut un frère, un
opposant persécuté, un candidat légitime, puis l’homme dont le choix a porté un allié à la tête de l’État.
Deux ans plus tard, ce même homme devient, sous une plume anonymisée, la figure de «
l’imposteur ».
Qu’est-ce qui a changé ?
Certainement pas le parcours de Sonko, constant depuis
une décennie. Ce qui a changé, c’est la position du Professeur Niane lui-même : hier allié en
construction d’une victoire, aujourd’hui haut responsable de l’État qui en est issu.
Alors, légitimement, la question se pose : qui croire ?
A-t-il mesuré l’adhésion massive et
l’engouement populaire que suscite aujourd’hui PASTEF, deux ans après l’alternance ?
Craint-il,
pour lui-même ou pour le Président Diomaye Faye dont il est un proche collaborateur, que cette
dynamique ne rebatte les cartes internes du pouvoir ?
Sent-il, en somme, un vent tourner qu’il préfère anticiper par la posture du sage plutôt que par la loyauté du compagnon de route ? Ce sont des questions légitimes, que sa propre chronologie invite à poser.
Sur le fond, le procédé rhétorique de sa tribune reste fragile : pas une date, pas un fait, pas une source pour étayer l’accusation de violence ou de haine. Or le Sénégal a organisé des scrutins dont les résultats ont été respectés, l’opposition s’exprime chaque semaine à l’Assemblée, la presse
critique continue de publier, aucun parti n’a été dissous.
Aucun des marqueurs d’un régime
autoritaire ne trouve à s’appliquer. Convoquer les pires tyrans de l’Histoire dans ce contexte n’est
pas une mise en garde démocratique : c’est une disproportion qui interroge davantage son auteur
qu’elle n’éclaire le lecteur.
Une cause plus utile s’offre d’ailleurs au Professeur Niane : à moins de six mois de l’échéance
légale du 23 janvier 2027, le décret convoquant le corps électoral pour les élections départementales et municipales n’est toujours pas signé, et la révision des listes électorales n’a pas démarré. Qu’il mette l’influence qu’il tient de sa proximité avec le Président Diomaye Faye au service de cette cause-là : la signature immédiate du décret, dans le respect du calendrier électoral.
Le peuple, seul juge légitime, n’a besoin d’aucune allégorie pour se prononcer — il lui suffit qu’on
lui en donne l’occasion, aux dates prévues par la loi.
Le Sénégal mérite un débat exigeant sur ses choix de gouvernance — mais à visage découvert, avec des faits datés, et non par la voie d’une fable anonyme dont chacun connaît la cible sans qu’elle puisse répondre. La démocratie ne se plaide pas par allégorie. Elle se construit par le fait, le débat contradictoire et le vote — ceux-là mêmes que le peuple sénégalais a exercés librement il y a deux ans.
Amar THIOUNE
Politiste
Responsable politique et membre de Pastef