‎LE FAUX PROTOCOLE DE SONKO

Ousmane Sonko a travesti la vérité en déclarant que Bassirou Diomaye Faye a trahi leur accord conclu à la prison de Cap Manuel. En réalité, c’est lui-même qui n’a pas respecté les termes de cet accord, s’il en est. ‎

En effet, dans un gentleman agreement (unwritten pact), chacun a tenu des propos amènes envers l’autre. Sonko a dit à Diomaye qu’il était prêt à l’appuyer pour un second mandat. Et, pour sa part, Diomaye lui a rendu la politesse en lui disant qu’il est lui aussi prêt à être son Directeur de campagne en 2029. Jusqu’ici, aucun problème.‎‎

Mais c’est une fois Diomaye élu que Sonko a cherché à raccourcir son mandat présidentiel pour lui imposer une démission au bout de deux ans, avec à la clé l’organisation d’une élection anticipée dont il est assuré de remporter. Ce que Diomaye a catégoriquement refusé. Mais Sonko avait deux lames au feu : il s’est dit que si je ne parviens pas à pousser Diomaye à écourter son mandat, je vais faire démissionner El Malick pour prendre le contrôle de l’Assemblée nationale et faire face au président de la République.

Il savait donc que le clash aura lieu avec le refus de Diomaye de se plier à ses désidératas. Seulement, il a cherché à jouer les prolongations à la Primature ; c’est pourquoi il n’a pas senti le coup venir.‎‎

Autre pomme de discorde : Sonko a voulu que Diomaye se débarrasse de ses alliés pour rester uniquement dans le PASTEF qu’il contrôle, afin de mieux le cerner. Niet également de la part de Diomaye. ‎‎Voilà ce qui s’est passé. Rien d’autre ne justifie le désaccord entre Diomaye et Sonko sinon la volonté de ce dernier d’abréger le mandat présidentiel. Car si même accord il y avait (encore qu’il ne s’agissait que d’un échange de bons procédés ou d’échange d’urbanité), l’échéance encore loin de 2029 ne saurait justifier leur désaccord.

Diomaye n’a pas déclaré sa candidature pour 2029, même si certains lui prêtent cette intention. Cette querelle aurait revêtu toute sa pertinence si elle était déclenchée en 2028, à un an de la présidentielle.‎‎ Avec une maladresse d’ours, Sonko tente de justifier son désaccord avec Diomaye par une éventuelle trahison d’un protocole conclu au Cap Manuel pour 2029.

Ce qui est totalement anachronique et faux. Comment, peut-on s’étriper en 2026 pour un « accord » qui prend effet en 2029 ? La vérité, c’est que Sonko a voulu être celui qui tire les ficelles de la marionnette derrière le rideau. Ensuite, il a voulu obliger Diomaye à démissionner avant la fin de son mandat de 5 ans. Sa dernière tentative a été de placer ses propres hommes dans le nouveau gouvernement. Fin de non recevoir à lui opposée par Diomaye.‎‎Parce que Diomaye n’a pas cédé à la pression. Il est resté dans une posture républicaine qui ne s’accommode pas des petites combines. Diomaye donc ne pouvait se permettre de démissionner en cours de mandat. Mais si en 2029, il décidait de ne pas se représenter, il n’aurait fouler au pied aucune règle républicaine. ‎‎Malheureusement, Sonko a été impatient. Il n’a pas su attendre jusqu’en 2029.‎‎‎

AMADOU DIOUF

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