CONTRIBUTION | POLITIQUE ET TRAPPE À LIQUIDITÉ AU SÉNÉGAL

En économie, la trappe à liquidité est une situation dans laquelle on ne peut plus stimuler l’investissement par une baisse des taux d’intérêt. C’est souvent dû à un climat d’incertitude qui pousse les agents économiques à anticiper des situations défavorables.

LES HOMMES POLITIQUES : DES EXPERTS INSOUPÇONNÉS

Les économistes parlent du problème de professions d’expert dans l’analyse des asymetries d’information.
C’est l’exemple d’un avocat qui fait croire à son client qu’il risque la prison à vie, uniquement pour l’inciter à payer cher, ou encore d’un mécanicien qui annonce à un automobiliste une panne grave, juste pour l’amener à accepter de payer beaucoup d’argent.

L’idée est que ceux qui subissent (ménages, entreprises) n’ont pas l’expertise requise pour savoir exactement si ce qu’on leur dit est vrai.
Les hommes politiques ont cette chance d’être les seuls détenteurs de certaines informations sensibles. Leurs menaces sont perçues comme crédibles et changent les décisions des agents économiques (consommation et d’investissement).

LES POLITIQUES NON CONVENTIONNELLES COMME ALTERNATIVE

Lorsqu’il y a trappe à liquidité, les banques centrales (BC) utilisent des politiques non conventionnelles comme l’assouplissant quantitatif qui consiste à injecter beaucoup d’argent dans l’économie en rachetant des obligations. Elles peuvent aussi user du guidage prospectif consistant à faire preuve de transparence vis-à-vis des agents en annonçant leurs intentions sur la fixation des futurs taux d’intérêt (pour réduire l’incertitude).

Les épisodes de querelles politiques sont ponctués de déballages et menaces (conférences de presses, recours devant le conseil constitutionnel, communiqués). Pourtant, on pourrait bien utiliser des politiques non conventionnelles visant à rassurer le secteur privé national et les investisseurs étrangers par l’émission de signaux favorables à la relance de l’économie. Il est urgent que le gouvernement et l’assemblée nationale posent des actes concrets d’apaisement. Les proches de Diomaye et de Sonko doivent les convaincre qu’il n y aura pas de « poule mouillée » (taapèt en wolof) dans cette confrontation et que la collusion (entente) est préférable à la collision (choc) ; chacun doit reculer d’un pas.

Pr Abou KANE
FASEG/UCAD

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