Dakar, 27 déc. 2025

Sur le papier, le Sénégal impressionne. Une sélection riche, dense, expérimentée. L’une des meilleures de cette CAN, naturellement installée parmi les grands favoris, notamment aux côtés du Maroc, pays hôte et première nation africaine du moment.
Mais le football ne se gagne jamais uniquement sur le papier. Il se gagne dans la durée, dans la maîtrise des détails et, surtout, dans la solidité mentale. Les grandes équipes se construisent autant avec des jambes qu’avec des têtes bien faites.
C’est précisément là que se situe aujourd’hui le principal chantier du sélectionneur Pape Thiaw : la gestion des frustrations.
La victoire contre le Botswana (3-0) mardi dernier aurait dû être une simple formalité, un match rassurant. Elle a pourtant envoyé un signal d’alerte. À la sortie de plusieurs cadres, les visages se sont crispés, les gestes ont parlé. Sadio Mané, Illiman Ndiaye, Pape Guèye, Nicolas Jackson, Ismaïla Sarr, tous ont mal accepté leur remplacement. Visiblement. Ostensiblement.
À ce niveau, cela pose problème, un grand problème.
Être un grand joueur, ce n’est pas seulement faire la différence ballon au pied. C’est aussi accepter de sortir sans protester, respecter le choix du staff et surtout respecter le collectif.
Respecter les remplaçants qui entrent pour aider l’équipe. Et respecter aussi ces coéquipiers qui ne figurent même pas sur la feuille de match, envoyés dans les gradins, mais qui continuent malgré tout à soutenir le groupe dans l’ombre.
Cette CAN ne se joue pas à 11. Elle se gagne à 28.
11 débutent, d’autres terminent, certains regardent. Mais tous portent le même maillot et poursuivent le même objectif.
Le cas de Pape Matar Sarr en est l’illustration parfaite. L’un des meilleurs milieux sénégalais du moment, régulier et performant en club avec Tottenham, mais absent du premier match. Preuve que personne n’est au-dessus du projet collectif.
Le football est un sport simple et cruel à la fois. Tout le monde peut commencer un match. Tout le monde peut en sortir. Et la frustration, si elle n’est pas maîtrisée, devient un poison lent. Elle s’installe dans le vestiaire, fragilise les équilibres et finit toujours par coûter cher.
L’objectif clairement affiché est d’aller chercher la 2ème étoile. Mais pour y parvenir, le Sénégal devra montrer autre chose que son talent. Il lui faudra de la discipline, de la maturité et une unité sans faille.
Ce problème doit être réglé maintenant. Par le sélectionneur, son staff, la Fédération, les leaders du vestiaire, les observateurs avertis du football sénégalais, et même, au besoin, par toutes les voix qui comptent.
Car les grandes compétitions se gagnent sur des détails. Mais elles se perdent aussi sur ces mêmes détails.
Le Sénégal a les joueurs. Il nous reste à maîtriser nos émotions.
BKD